Mardi 11 avril : arrivée à Alquézar (Aragon)

Le voyage commence par le franchissement des Pyrénées. Nous avons l'habitude d'y descendre randonner ou skier, mais ces vallées nous font toujours l'effet d'une sorte de bout du monde. Quant aux crêtes frontalières, on y grimpe, mais on en redescend du côté français la plupart du temps. Et ce qu'on voit de l'Espagne depuis ces sommets n'est pas tellement différent de ce qu'on connaît de la France. 
Nous entrons en Espagne par le tunnel de Bielsa. Comme avant-goût du pays, nous montons derrière un camion espagnol qui ne fait rien pour nous laisser doubler, et suivis (oh, pas longtemps) par des bolides espagnols qui n'ont pas du tout l'intention de se traîner à 30 km/h jusqu'au tunnel. De l'autre côté, l'arrivée en Espagne nous frappe d'étonnement, contre toute attente. Le paysage est immédiatement différent de celui du versant français : nous passons d'un vaste plateau glaciaire d'altitude à une vallée boisée encaissée. Puis l'environnement se fait de plus en plus méditerranéen, avec une alternance de falaises et de forêts de conifères : ce ne sont pas tout les Pyrénées que nous connaissons !
Nous filons vers le sud par de larges routes quasiment neuves (ils ont fait des progrès !). Deuxième surprise quand une bouffée d'odeurs méridionales nous sautent aux narines alors que nous faisons halte pour observer les rapaces, Milans royaux, Vautours fauves et Grands Corbeaux, qui cerclent au-dessus de nos têtes. Après Ainsa, nous empruntons une petite route qui viroune beaucoup, s'enfonce dans des gorges pour rejoindre le pont qui enjambe la rivière avant de serpenter le long du versant opposé puis de replonger à nouveau dans la montagne. Nous passons à côté d'un joli pont médiéval trop étroit pour la route et, deux carrefours plus loin, nous voilà à Alquézar. 

Nous garons la voiture dès le rond-point d'accès car le centre-ville est interdit aux véhicules sauf résidents permanents. Nous prenons juste le nécessaire pour la nuit avant de descendre à pied. Le village, entièrement dans les tons ocres, est présenté comme un des plus "bonitos" d'Espagne. Il est construit en bordure de plateau, à flanc de falaise juste au-dessus des gorges du Río Vero. Les rues pavées se faufilent entre les maisons qui les enserrent et les surplombent, des escaliers rejoignent des placettes à arcades où quelques gamins jouent au ballon. Des galeries relient les maisons par-dessus les ruelles ; une légende raconte qu'il serait même possible de se déplacer d'un bout à l'autre d'Alquézar sans poser le pied dans la rue. Les hôtels, les restaurants et les boutiques sont fermés par de lourdes portes en bois qui gardent l'ombre et la fraîcheur à l'inrieur. Pas évident de les distinguer des maisons particulières !  Sans l'adresse (merci Le Routard), nous n'aurions sans doute pas réussi à repérer l'unique épicerie du village.
Nous logeons à la Casa Jabonero, une pension plus qu'un hôtel, avec accueil dans le salon qui donne sur les parties privées où loge le grand-père de la famille. Un escalier carrelé descend de la réception, au rez-de-chaussée haut, à la salle du bar-restaurant, au niveau de la rue principale. Nous y dînons de viandes grillées (la spécialité de la région, si l'on en croit la carte) en regardant le match Juventus-Barça. Ici, le foot est plus qu'un sport, quasiment une religion. Beaucoup de client sont là pour le match. Quand nous arrivons (un peu tôt pour dîner selon les horaires espagnols), deux couples avec des enfants sont attablés autour de leurs bières. Peu après, les femmes et les enfants s'en vont et les hommes restent là à regarder et commenter le match. Dommage pour eux, quand nous sortons de la salle, le Barça est en train de perdre 3-0. 
Nous profitons de la soirée tiède pour errer à nouveau dans le village, tout aussi beau sous les lumières de la Colegiata Santa Maria la Mayor, le château devenu monastère qui domine les lieux. 

Mercredi 12 avril : dans la Sierra de Guara

Nous prenons le petit déjeuner dans la salle de restaurant de l'hôtel. On nous sert une énorme tranche de pain grillé, du jambon, du jus d'orange et une boisson chaude. La première proposition étant le café con leche, nous supposons que c'est ce qui se boit au petit déj' ici. 

Nous commençons la journée par la "rutas de las pasarelas", une randonnée sympa qui descend dans les canyons au pied d'Alquézar. Le parcours, frais et ombragé, nous mène à une grotte ouverte dans le bas des falaises ocres du Río Vero. Nous nous faufilons dans les gorges, puis grimpons dans le maquis jusqu'à un mirador proche du village.
De là, nous avons une superbe vue sur le réseau de canyons qui cisaillent ce coin de la Sierra de Guara avant de replonger vers la rivière bleu turquoise, nacrée par le soleil, qui serpente entre les roseaux et les parois rocheuses. Un peu plus loin, les passerelles ont été endommagées ; le chemin s'arrête là et il faut remonter avec le flot de randonneurs, assez nombreux sur ce parcours décrit comme tout à fait accessible. Nous redescendons au bord du río un peu en aval, près d'une chute d'eau aménagée. A cet endroit, le lit de la rivière est plus large, les roselières plus vastes mais l'eau toujours aussi turquoise. 
De retour au village, nous nous dirigeons vers le haut rocher d'où la Colegiata Santa Maria la Mayor domine Alquézar. Il s'agit d'un ancien château fort arabe ("Al-Ksar", d'où le nom du village) transformé en monastère à la fin du XIème siècle. Nous y suivons une visite guidée en espagnol, mais assez compréhensible. Le joyau des lieux est le cloître roman à colonnettes doubles et à étage.
Le guide nous décrit les chapiteaux historiés et les peintures du XIVème siècle qui recouvrent les murs, bien conservées malgré leur grand âge. L'église attenante est, elle, tout à fait baroque. Le retable, extraordinairement surchargé, attire notre attention : il devait y avoir de quoi observer tout en écoutant d'une oreille distraite la messe en latin ! A l'étage, un musée a été aménagé dans les anciennes pièces de vie. On y conserve dans un environnement adapté les plus beaux tableaux du coin, notamment une Sainte Famille attribuée à un disciple de Murillo. Nous admirons la manière de rendre la transparence du linge qui recouvre l'enfant Jésus. Depuis l'étage, le panorama sur Alquézar et les canyons, sous ce ciel bleu limpide, est de toute beauté !

Nous achetons des sandwiches (énormes !) dans une boulangerie-restaurant, ainsi que des dobladillos, une pâtisserie locale un peu sèche mais bien bonne, et nous allons déguster notre repas assis sur un muret ombragé au bord du canyon, juste sous la Colegiata. Il est environ 14 h 30, heure tout à fait normale pour commencer son déjeuner en Espagne. A ce propos, les horaires d'ouverture du monastère sont clairs : 11h-14h le "matin" et 16h-19h l'"après-midi". En mode "vacances", nous nous adaptons sans problème aux habitudes espagnoles, en tout cas mieux qu'aux heures des repas écossais ! Le seul inconvénient, c'est que l'après-midi paraît un peu court quand il commence à 15h30... 
Après le déjeuner, nous partons en voiture à la recherche des sites de peintures rupestres, assez nombreux dans le secteur. Nous passons rapidement au centre d'interprétation de Colungo où sont affichés des plans des sites aménagés et des randonnées qui y mènent. La première démarre de Lecina, un village qu'on atteint par une route minuscule et sans bas-côté. Heureusement, pas de camion ni de camping-car en face. Nous quittons le village par un sentier entre des murets, puis avançons dans la garrigue et le maquis jusqu'à descendre à flanc de falaise au niveau des abris sous roche. Nous explorons deux sites ornés de peintures de style schématique (nous avons lu à Colungo qu'il existe plusieurs styles de peintures rupestres) : nous distinguons des personnages très stylisés et des quadrupèdes.

Dans les buissons sur le bord du chemin chantent des pouillots de Bonelli et des fauvettes. Nous réussissons à observer furtivement la Fauvette passerinette, même si elle n'est pas très coopérante.
En revenant vers Alquézar, nous faisons halte près d'un autre site préhistorique, peint selon le style levantin cette fois. Malheureusement, nous ne pourrons pas préciser la différence avec le style schématique car le soleil se couche et l'abri sous roche est protégé par des grilles fixées assez loin de la paroi. Même avec les jumelles, les peintures sont difficiles à repérer. Sur le chemin du retour, une très belle obs s'offre à nous : deux rapaces majestueux nous survolent. Après réflexion, Antoine conclue que ce sont des aigles de Bonelli !
De retour, nous garons la voiture un peu plus près du centre-ville et descendons par des escaliers jusqu'aux restaurants de "front de falaise" (pas de front de mer ici, mais le principe est le même). Nous dînons dans un établissement qui diffuse le match Bayern-Réal. Pas évident de se frayer un chemin dans le bar du rez-de-chaussée pour rejoindre le resto à l'étage. De là-haut, nous suivons l'évolution de la rencontre grâce aux cris des spectateurs tout en goûtant les saucisses d'Aragon, grillées comme il se doit.

Jeudi 13 avril : dans la Sierra de Guara

Au petit déj', encore du jambon, mais sec cette fois. Ca se marie toujours assez bien avec le jus d'orange. Pour ce soir, nous avons réservé une chambre à Mequinenza, sur la route du delta de l'Ebre. Mais en prenant la route du sud, nous réfléchissons à ce qu'il y a à voir par là-bas et décidons finalement de passer une journée de plus dans les Pyrénées aragonaises. Demi-tour : nous remontons vers le nord direction Bierge et Rodellar, le cœur du parc de la Sierra de Guara d'après le Routard. Nous garons la voiture près d'un panneau touristique, un peu au hasard : c'est le départ d'une rando de 5 heures qui aboutit à Rodellar. Après, il faudra ajouter 4 km de descente par la route pour revenir à la voiture. C'est parti dans la garrigue, puis le maquis de plus en plus boisé. Le chemin est large, nous pique-niquons sur le bord. Plus loin, il se mue en sentier qui grimpe régulièrement jusqu'à la crête. Sur l'autre versant, les falaises sont vertigineuses. Propices aux tichodromes, aussi, mais non, aucun oiseau rouge et noir en vue. Antoine perçoit cependant un traquet rieur sur un rocher en contrebas : encore une belle observation !
Nous hésitons à revenir sur nos pas (nous avons encore pas mal de route avant d'arriver à Mequinenza ce soir), mais au point où nous en sommes, ça ne serait pas beaucoup plus court alors nous continuons par les crêtes avant de descendre par des lacets très raides et caillouteux jusqu'à Rodellar. Nous faisons le plein d'eau fraîche à la fontaine du village puis empruntons la route. Deux kilomètres plus loin, une pancarte indique à droite le bourg près duquel nous sommes garés. Chic, un raccourci ! Malheureusement, il se perd dans un pré à moutons. Alors nous estimons que, finalement, l'asphalte, ce n'est pas si mal. Encore deux kilomètres et nous revoilà à la voiture. 
Nous prenons la route du sud pour de bon, et ce n'est pas aussi plat que nous le craignions, que ce soit sur les côtés de l'autoroute jusqu'à Monzón ou sur le long du Río Cinca. Nous tentons la route de la rive droite, mais un gendarme nous arrête : cette route est fermée à cause d'une chute de pierres. Qu'à cela ne tienne, nous empruntons la rive gauche. De là, nous avons une  vue superbe sur les falaises ocres de l'autre côté : le plateau a été littéralement scié par la rivière. Sur les sommets, quelques ermitages, châteaux et tours. La plaine fluviale est couverte d'arbres fruitiers. Nous traversons des bourgs beaucoup moins "bonitos" qu'Alquézar avant d'arriver à Mequinenza, au confluent de l'Ebre et du Río Cinca. Notre hôtel est près du pont sur le Cinca, on y a une vue directe sur les étourneaux unicolores qui picorent sur le terrain de foot voisin. 
Avant d'aller dîner (nous avons trouvé un resto, mais il n'ouvre qu'à 21h), nous nous posons au bord de la rivière, entre les groupes de pêcheurs. Juste à côté de nous, ça s'agite : le pêcheur doit ferrer sec pendant un bon moment avant de sortir un poisson énorme, un silure ! Comme nous nous sommes approchés pour assister à la sortie de l'animal, le guide de pêche, qui est Français, nous explique que Mequinenza est un spot européen, voire mondial, pour la pêche au silure. Il est tout étonné de croiser des Français de passage ici pour autre chose que la pêche. 
Après cet événement, nous retournons au resto, qui est ouvert mais vide. Nous y dînons d'un assortiment de tapas (crevettes, calamars, encornets, etc.) arrosés de bière locale.

Vendredi 14 avril : dans le delta de l'Ebre

Nous commençons la journée en zonant dans Mequinenza à la recherche d'un petit déjeuner. Il y a déjà beaucoup de monde dans les bars, nous en trouvons un qui a l'air de servir des "desayunos". En tout cas, c'est ce que vante une pancarte pour une marque de jus d'orange sur la devanture. Nous entrons. La serveuse nous apporte la carte... des pizzas, sandwiches et tapas. Bar food, quoi. Instant d'hésitation. J'ai pourtant bien demandé des "desayunos" et elle semblait avoir compris. Peut-être déjeune-t-on de tapas, le matin, ici ? Ou de pizzas ?? Du coup, quand la serveuse repasse, je lui précise notre commande : jus d'orange, thé, café et tostadas con mentaquilla (= tartines grillées avec du beurre, c'est ce qu'on nous servait à Alquézar). C'est bien bon, ça en cale un coin ! Mais en observant les autres attablés, nous constatons qu'ils mangent des sandwiches au jambon... 
Nous revenons à l'hôtel par les rives du Río Cinca où les pêcheurs sont déjà à pied d'œuvre. Une fois la voiture récupérée, nous voilà repartis vers le sud. Nous franchissons l'Ebre puis grimpons dans la montagne à la suite d'un groupe de motards. La route doit être idéale pour eux, tellement elle serpente à flanc de falaise ! Sur le plateau, nous retrouvons les oliviers et les amandiers qui remplacent les arbres fruitiers des berges du fleuve. Nous nous arrêtons pour observer les rapaces qui planent au-dessus de nous, notamment des aigles bottés. La route monte, descend, serpente... Nous traversons des villages et des villes où les habitants sont attablés en terrasse jusque dans la rue. Mais aucun endroit n'est aussi joli qu'Alquézar, sans doute aménagé pour sa beauté touristique. 
Nous n'arrivons sur le plat qu'à Tortosa, la grande ville immédiatement en amont du delta de l'Ebre. Il y fait bien chaud. Encore quelques kilomètres et nous voilà dans le delta. La platitude de l'endroit nous change des montagnes des jours précédents. C'en est vite monotone et presque triste. Antoine a téléchargé une carte des observatoires ornithologiques du coin. Nous manquons le premier car le GPS de la voiture n'est pas assez précis pour les petites routes et les chemins qui se faufilent entre les rizières. Le deuxième est censé se trouver sur une longue flèche sableuse. Il y a un monde fou. La route est encombrée de voitures garées ou qui cherchent à le devenir et de piétons débarqués desdites voitures. Au bout de la route, il y a la plage. Et un bar. Il est près de 14h, les Espagnols commencent à partir ; nous trouvons un créneau assez prêt de la côte. Premières obs sitôt arrêtés : des Glaréoles à collier et des Echasses blanches cherchent leur pitance dans le champ voisin. 
Mais ensuite, nous avons beau marcher dans le sable le long de la zone délimitée pour la nidification des oiseaux, aucun observatoire ne se montre. Il a dû disparaître dans la dernière tempête (?!? On est au bord de la Méditerranée, pas en mer d'Iroise...). Nous faisons demi-tour, moi les pieds dans l'eau, histoire de goûter la "grande bleue" espagnole. 
Nous partons à la recherche d'un autre observatoire, tournons un peu en rond... Pour l'instant, le delta de l'Ebre tant vanté par les ornithologues est un peu décevant. Finalement, nous pique-niquons sur un muret ombragé à Ríumar. Là, un panneau indique plusieurs observatoires : ça tombe bien. Alors nous passons l'après-midi dans cette zone en arrière des dunes, marchant d'une cabane à la suivante. Les observations sont nombreuses : Gravelot à collier interrompu, nombreux canards, échassiers, etc. Antoine aperçoit un Crabier chevelu depuis le mirador-zigurat, une tour munie d'un escalier extérieur. 
Il s'agit ensuite de trouver à loger pour la nuit. Contrairement aux jours précédents, nous n'avons rien pu réserver dans le coin sur Booking. Nous avons supposé que tous les hébergements n'y étaient pas répertoriés et que nous pourrions trouver par nous-mêmes sur place. C'est parti. Nous revenons sur l'Ebre (l'axe central du delta) à Deltebre, un assez gros bourg mais où le Routard ne donne l'adresse que d'une seule AJ, que nous ne trouvons pas. Nous franchissons le fleuve pour descendre à Poblenou, dans la partie sud du delta. Là, nous avons plusieurs adresses. À l'AJ, on nous répond que c'est complet et on nous envoie vers un autre établissement,lui aussi complet. Ce n'est pas la peine de perdre du temps à frapper à toutes les chambres d'hôtes du Routard, qui doivent être pleines elles aussi en ce soir de Vendredi Saint. Nous avons négligé le potentiel de remplissage des sites touristiques de la Semaine Sainte en Espagne... Nous tentons le camping, soit disant à Amposta, à l'entrée du delta, mais en réalité très loin du bourg, à Eucaliptus,  l'embouchure de l'Ebre. Le camping est plein de monde et il affiche complet. Même chose pour l'hôtel voisin. Retour à Amposta bourg où le GPS nous a repéré un hôtel... qui n'existe plus. Nous en trouvons bien un nous-mêmes, mais il est... Bref, chou blanc. À force d'allers et retours, le temps passe. Nous devons rentrer encore plus dans les terres, il faut quitter le delta. Nous visons Tortosa où le GPS signale plusieurs hôtels. Avec un peu de chance... Nous nous garons près de l'ancienne voie ferrée, non loin de l'hôtel du Parc. Je pose la question fatidique : "¿ Se puede tener una habitación para la noche, por favor ?" Et oui, il reste une dernière chambre !! Hip hip hip !!! Elle a deux lits jumeaux, la fenêtre donne sur une courette à verrière fermée, on y entend l'ascenseur et l'écoulement des eaux, mais c'est suffisant. 
Nous dînons ("sopar" ici en Catalogne) au restaurant du Parc, juste à côté de l'hôtel, de beignets de morue accompagnés de cerveza (élue boisson du voyage) et suivis de pâtisseries locales.

Samedi 15 avril : dans le delta de l'Ebre

En quête de pitance, nous commençons la journée par un petit tour dans les rues du centre-ville de Tortosa. La vieille ville n'est pas du tout adaptée aux voitures : comme à Alquézar, il est formé d'un enchevêtrement de ruelles étroites et d'escaliers qui conservent l'ombre et la fraîcheur. Nous remarquons de grands "trous" crépis en jaune : on dirait que des bouts de maisons en été détruits et les ruines juste consolidées sans jamais être rebâties. Peut-être des vestiges de bombardements pendant la guerre civile dont on aurait voulu garder la mémoire ? 
Le centre ancien n'est pas très vivant, nous n'y trouvons aucun bar attrayant. Il nous faut revenir dans le centre-ville moderne pour prendre le petit déj', en terrasse sous des arcades. Les rayons du soleil sont déjà bien en action. Nous retournons dans les vieilles rues juste après, pour visiter la cathédrale et le musée aménagé dans les anciens bâtiments canoniques. Là, un labyrinthe entre les fondations montre des vestiges d'objets ayant servi à la construction (mortiers, etc.). Au-dessus, nous admirons les ornements sacerdotaux, les tableaux et sculptures religieux et les objets liturgiques témoins de l'histoire de la cathédrale de Tortosa. Une pièce a été aménagée avec les stalles du chœur, un superbe ensemble aux panneaux admirablement sculptés. Au milieu de la pièce trônent de grands livres liturgiques. Les partitions des chants grégoriens sont immenses, sans doute pour être visibles depuis les stalles par tous les chanteurs. L'intérieur de la cathédrale est plutôt gothique, avec beaucoup de hauteur sous voûte, mais peu d'éclairage. Elle est très vaste et son double déambulatoire est sans doute bien adapté à la circulation des pèlerins. Par contre, l'extérieur (le portail) est tout à fait baroque. Et surchargé, comme il se doit. 

Après cette visite, nous retournons dans le delta de l'Ebre, en privilégiant la partie sud, aujourd'hui. Nous avons trouvé une carte plus précise de la zone, ce qui nous permet de repérer plus facilement les observatoires. Depuis plusieurs, nous avons une belle vue sur la lagune et les nombreuses espèces d'oiseaux qui la fréquentent. Des Grèbes castagneux ont établi leur nid au bord d'un canal, quasiment invisibles. Nous pique-niquons à côté de cette roselière avant de continuer la tournée des observatoires du secteur. L'un a été construit à côté d'un buisson, un des rares du coin, devenu de ce fait le point de rendez-vous des passereaux en migration. Nous y trouvons des Fauvettes à tête noire ainsi que des Pouillots fitis et ibériques. Plus loin, c'est un Guêpier d'Europe qui file sous nos yeux.

Nous quittons maintenant le delta et ses rizières encore à sec. Pendant ces deux jours, nous avons vu beaucoup de tracteurs travailler la terre, aplanir les champs et préparer la mise en eau, mais aucune rizière n'est encore inondée. Nous montons un peu au nord pour nous rapprocher de Barcelone. Nous avons réservé une chambre à l'hôtel Robert, à la Pobla de Claramunt. Comme nous partons, Antoine me fait remarquer que nous allons passer près du "triangle cistercien", c'est à dire Poblet, Valbona et Santes Creus, des abbayes cisterciennes reconnues pour leur beauté patrimoniale. J'avais bien pensé visiter Poblet, mais plutôt sur la route du retour car je croyais que c'était situé au nord de Barcelone. Erreur : c'est au sud. Poblet nous oblige à un petit détour et comme le monastère est encore occupé par des religieux, il ferme trop tôt pour nous. Dommage. Qu'à cela ne tienne, nous nous orientons vers Santes Creus, quitté par les moines depuis la fin du XVIIIème  siècle et qui a l'avantage d'être plus sur notre route. Celle-ci est encore bien jolie, elle serpente dans la montagne. Santes Creus est un monastère perché, comme tant d'autres. Malheureusement, il est quand même trop tard quand nous y parvenons. Nous ne pouvons en voir que l'extérieur, ce qui donne encore plus envie d'y pénétrer. Il est construit dans un style tout à fait cistercien, assez dépouillé, mais auquel on a ajouté des bâtiments conventuels baroques, évidemment kitchounets, et sur la façade, des modillons historiés de têtes et d'animaux. 

Nous poursuivons notre chemin par plusieurs kilomètres de virages entre des talus ocre jaune et des falaises de terre rouge brique : un environnement de toute beauté sur fond de ciel de plus en plus noir à l'horizon. Ca éloise et des gouttes finissent par tomber. C'est un bel orage dont nous ne prenons que la queue. Nous recevons les dernières gouttes en arrivant à la Pobla de Claramunt. L'hôtel Robert est juste à l'entrée du bourg. Il concentre toutes les fonctions de service du village : hébergement mais aussi restaurant, bar (indispensable) et station-service. C'est vraiment un établissement dans le genre chic ancien. Des serviettes de toilette aux sachets de sucre, tout est marqué au chiffre de l'hôtel. Le must : le réceptionniste, un homme d'un âge certain, trouve notre réservation dans une petite boîte de fiches. L'ancêtre de l'ordinateur ! Mais si, ils en ont bien un pour éditer les factures.
Notre chambre, elle, est moderne et confortable. Nous dînons dans la salle de restaurant, en bas, en suivant sur le téléphone d'Antoine l'évolution du match entre le LOU et le Stade Rochelais.

Dimanche 16 avril : arrivée à Barcelone

Nous nous réveillons assez tôt car une colonie de cyclistes espagnols parcourt les couloirs de l'hôtel dès potron-minet, vélo sur l'épaule et chaussures aux pieds, tout en sifflotant. Derrière les vitres, le ciel, nettoyé par l'orage d'hier soir, a retrouvé le bleu des derniers jours. 
Nous partons dans la montagne en direction du monastère de Montserrat, un lieu de pèlerinage très fréquenté. D'autant plus que nous sommes le jour de Pâques. Il n'est pas facile de se garer : les voitures sont laissées au bord de la route dans l'ordre d'arrivée. Les montagnes au-dessus du monastère forment un écrin de rochers superbement découpés. Des chapelles et autres ermitages en parsèment les sommets. Dans le sanctuaire lui-même, les bâtiments n'ont guère d'intérêt architectural, mais ils témoignent de la rechristianisation au XIXème siècle. Il y a vraiment beaucoup de monde pour assister à la messe de Pâques. L'église dégouline de dorures, tout comme la cire sur les nombreuses bougies. Nous arrivons au moment de la lecture de l'Evangile qui, en fait de lecture, est chanté. Le prêtre est encadré par des colonnes d'encens qui prennent à la gorge. A l'extérieur, la foule se presse pour approcher la Vierge noire vénérée ici en tant que patronne de la Catalogne. Le joli cloître gothique à l'entrée du sanctuaire est le dernier vestige du monastère bénédictin médiéval détruit par les troupes napoléoniennes en 1811.
Quand nous quittons Montserrat, nous croisons encore plus de voitures qu'en arrivant. Il faudrait maintenant se garer à plusieurs kilomètres. Nous nous félicitons d'être arrivés à temps : si nous avions connu de tels bouchons tout à l'heure, nous aurions fait demi-tour...
Nous laissons notre véhicule quelques kilomètres plus bas, à Monistrol de Montserrat : nous préférons nous rendre à Barcelone en train. Malheureusement, le temps de garer la voiture (sans difficulté, si ce n'est de négocier le virage en épingle à cheveu qui mène à la gare) et de prendre les billets, le train pour Barcelone nous démarre sous le nez !! Comme souvent, nous étions un peu juste sur les horaires : on ne peut pas gagner à tous les coups. Bref, nous devons maintenant attendre une heure avant le train suivant. J'en profite pour descendre dans le bourg acheter des sandwiches. Je voulais qu'Antoine m'ouvre une porte à commande intérieure pour que je puisse rentrer dans la gare dans repasser mon ticket (il y a des bornes d'accès comme dans les métros), mais notre manège a été repéré et un gars qui patientait là a alerté le contrôleur qui supervisait la réparation du distributeur de billet sur le quai. Zut. Pour accéder aux quais, je dois donc utiliser le billet prévu pour le retour. Nous mangeons nos sandwiches dans la gare et enfin, le train arrive. C'est parti pour Barcelone.
De la gare d'arrivée, nous prenons immédiatement le métro et débouchons à l'air libre sur la Rambla, la grande avenue touristique, l'hyper-centre de la ville. Notre logement est tout près de là, sur la Plaça Reial, un endroit parmi les plus dynamiques du centre (c'est dire !). Nous posons nos sacs avant de repartir pour le Parc Güell, un des sites aménagés par Antoní Gaudí. Pour visiter la Sagrada Familia, le chef-d'œuvre de l'architecte moderniste, il aurait fallu réserver ; nous verrons donc ça pour demain. Nous commençons par traverser le Barri Gòtic, le cœur ancien de Barcelone dessiné par les Romains. Comme dans tout centre médiéval, les ruelles y sont étroites et toutes en hauteur. Nous passons près de la cathédrale avant de grimper pour atteindre le parc, juché sur une colline à l'origine à l'extérieur de la ville. Nous jouons de malchance : les guichets ne vendent plus d'entrées pour aujourd'hui. Cela ne concerne que la partie du parc qui contient les œuvres les plus connues de Gaudí : les bancs ondulées, les galeries en-dessous, les pavillons en céramique et surtout la célèbre salamandre.
C'est dommage, mais nous pouvons malgré tout profiter du reste du parc, qui est assez vaste et qui a aussi été dessiné par Gaudí. Nous faisons donc le tour de la terrasse des bancs ondulés en céramique, admirer d'autres "grottes" et galeries couvertes, observer d'autres pavillons, disséminés un peu partout dans le parc.
Cela nous donne déjà un bel aperçu. Mais Antoine souffre des yeux depuis  quelques jours et ne peut plus supporter la poussière et la chaleur de la ville. Nous rentrons donc à la chambre où il va pouvoir ôter ses lentilles et reposer ses yeux à l'ombre. Je repars donc seule sur la "route du modernisme", un parcours touristique qui permet de passer en revue les sites principaux de ce courant architectural du début du XXème siècle. Gaudí n'est pas le seul architecte à avoir œuvré à Barcelone à cette époque : on peut citer aussi Lluís Domènech i Montaner, Puig i Catafalch ou encore Josep María Jujol. Ces artistes ont rivalisé de créativité pour répondre aux commandes de leurs clients, si bien que les maisons un peu bizarres abondent autour de la Rambla, puis dans l'Eixample, l'extension de la ville décidé au XIXème siècle : plus ou moins végétales, avec des inspirations tantôt mauresques, tantôt médiévales, ces bâtisses donnent à voir une féérie déroutante ! Je commence par le Palau Güell, la première grande création de Gaudí, un monument à la façade encore très rectiligne mais qui contient déjà en germe le style si particulier de l'architecte. Des façades non signalées par le Routard retiennent mon attention, comme une pharmacie ornée de mosaïque sur la Rambla.
Plus loin, je tombe sous le charme du Palau de la Música Catalana, de ses vitraux et de ses céramiques polychromes, une œuvre grandiose et fascinante de Domènech i Montaner.
Je m'arrête ensuite contempler les deux célèbres constructions de Gaudí que sont la Casa Battló et la Casa Milà avant de retourner à la chambre. J'y retrouve Antoine et nous redescendons dîner en ville. 
Tout en cherchant un restaurant, nous arpentons Barcelone by night : nous parcourons la Rambla, puis la marina desservie par un pont tournant piéton. Nous nous posons finalement en terrasse sur la Rambla pour déguster des tapas de fruits de mer arrosés de cerveza ou de sangría, en fonction des goûts. La sangría est délicieuse, mais sans doute en trop grande quantité. Nous terminons la soirée par des emplettes dans une boutique d'alimentation 24/24 (tenue par un Pakistanais, sans doute). 

Lundi 17 avril : de Barcelone à Ripoll

Malheureusement, nous n'avons pas pu obtenir de billets pour la Sagrada Familia ; ils étaient déjà tous vendus pour la journée. Nous nous sommes donc rabattus sur une autre réalisation de Gaudí et avons choisi la Casa Battló, présentée par le Routard comme son œuvre la plus aboutie. Effectivement, nous sommes tout de suite séduits par les lignes de la maison, aussi courbes à l'intérieur à l'extérieur. Le bâtiment est beaucoup plus grand qu'il n'y paraît, avec plusieurs pièces en profondeur. L'escalier présente une rampe ondulante qui rappelle une colonne vertébrale de baleine (ou peut-être de dragon ?), les vitraux semblent des bulles colorées, les portes en bois s'apprêtent à onduler sur leurs gonds, l'ingénieuse aération du grenier s'inspire des branchies d'un poisson géant, etc. Les verres dépolis et les carreaux de céramique bleue du puits de lumière nous plongent en plein océan. 
Très esthétique, l'architecture de Gaudí est en même temps totalement fonctionnelle : les rampes sont adaptées à la position de la main qui y glisse, les poignées de fenêtres  et les chaises sont ergonomiques, d'astucieuses grilles d'aération en bois percent les soubassement des baies, etc. 
Nous poursuivons la route du modernisme par la Casa Milà et plusieurs autres maisons pour déboucher enfin devant la Sagrada Familia, face au portail de la Passion. Celui-ci nous fascine immédiatement avec ses lignes épurées, très contemporaines. Nous faisons le tour de l'église, passons dans une zone en travaux (ça fait un moment que la Sagrada Familia est en travaux, et c'est pas fini) avant de découvrir le portail de la Nativité, dont le décor est diamétralement opposé au portail précédent. Les fenêtres sont plus clairement d'inspiration gothique et les voussures un peu dégoulinantes. Au sommet des toitures, les pignons débordent de fruits et de céréales. Les colonnes obliques qui ornent les façades nous donnent un vague aperçu de ce que peut être leur utilisation à l'intérieur. L'ensemble est grandiose, dommage que nous ne puissions pas y entrer. 

Nous reprenons le métro pour descendre vers la marina. Nous traversons un quartier populaire aux rues étroites qui était autrefois occupé par des pêcheurs. Le long de la plage, nous croisons beaucoup de monde (mais peu dans l'eau), et nous passons devant les installations des piscines olympiques de 1992. Le pont tournant de la marina laisse sortir un voilier. Nous continuons notre chemin par le port et l'esplanade qui le borde. Malgré le petit vent frais, il fait bien chaud au soleil. Nous n'avons emporté ni chapeaux ni bouteilles d'eau, si bien que nous avons maintenant soif. Et faim. Des fontaines distribuent de l'eau un peu partout. Nous grignotons un en-cas acheté sur un petit marché touristique. Pour le dessert, une glace est la bienvenue. Nous nous enfonçons ensuite dans le Barri Gòtic pour rallier la Plaça Reial et récupérer nos sacs à l'AJ. 
Ensuite, c'est le retour par le métro et le train de banlieue jusqu'à Monistrol de Montserrat où nous attend sagement notre voiture. Nous prenons la route du nord, par Manresa, avec une halte à Vic, une petite ville construite autour d'un centre ancien. Nous faisons un petit tour par le vieux pont médiéval, la cathédrale (de style baroque mais avec un joli campanile plus ancien) et le temple romain redécouvert dans les ruines du château des Montcada, les seigneurs locaux. Vic est un village qui revendique une Catalogne autonome ; de nombreux drapeaux catalans pendent aux fenêtres. 
Nous arrivons en début de soirée à Ripoll. Nous y avons réservé une chambre dans un hôtel soi-disant "sport", qui doit sans doute accueillir surtout des groupes. Nous avons un peu de mal à trouver l'entrée car il y a plusieurs bâtiments et l'adresse de la chambre n'est pas la même que celle de l'accueil. Finalement, nous trouvons la réception, mais aucun réceptionniste. Antoine appelle un des numéros de téléphone indiqués dans le hall et tombe sur un jeune gars sympathique qui lui explique que, ne pouvant être présent ce soir, il a laissé une enveloppe à notre intention sous le paillasson. L'enveloppe est trouvée, non sans mal car le gars croit que nous sommes à l'entrée de l'autre bâtiment. Nous voilà maintenant en possession de la clé, mais elle ne correspond à autre numéro de chambre du bâtiment. Quelques allers-retours plus tard, nous avons fini par trouver la porte qu'ouvre le clé et posé nos sacs dans la pièce. 
Nous sortons dans le centre-ville pour dîner. Mais nous sommes loin du littoral et ce n'est plus le week-end de Pâques. Résultat : il n'y a pas grand-monde dans les rues malgré l'heure déjà avancée et pas grand-chose d'ouvert non plus. Nous tournons un moment avant de dégoter un bar à burgers tenu par trois jeunes femmes dynamiques. Populaire et tout à fait bon. De toute façon, on n'avait pas le choix. 

Mardi 18 avril : de Ripoll à la France

Nous prenons le petit déjeuner à l'hôtel, où le gérant est de retour. Ils nous propose un desayuno catalan, c'est à dire des saucisses sèches et du pain frotté d'huile d'olive et de tomate. Un délice ! Mais  à déguster en petite quantité car un peu écœurant.

Ripoll est connu pour son abbaye Santa Maria, chef-d'œuvre de l'art roman catalan. C'est par là que nous commençons la journée. Le centre d'interprétation nous présente l'histoire de cette abbaye, fondée en 880 par le comte de Barcelone Guifred le Velu. Au XIème siècle, elle abrita une bibliothèque réputée dans tout l'Occident chrétien. Après la sécularisation au XIXème siècle, le monastère de Ripoll est sauvé par la renaissance catalane qui en fait un lieu de mémoire régional. Nous contemplons un bon moment le portail, seul vestige de l'église médiévale. Il est tellement bourré de détails sculptés qu'il faut l'observer attentivement et le parcourir comme un grand livre. L'intérieur de l'abbatiale a été complètement refait au XIXème siècle. Réaménagé en nécropole, il abrite les tombeaux (ou au moins les pierres tombales) des comtes de Barcelone. Nous terminons la visite par le beau cloître (XIIème-XVIème siècles): comme celui d'Alquézar, il comporte un étage, particularité régionale. Des chapiteaux finement sculptés y surmontent des colonnettes doubles. Nous observons les vestiges archéologiques exposés et les différentes ouvertures bouchées dans les murs, essayant de reconstituer la chronologie du bâtiment. Il est déjà tard quand nous sortons de l'abbaye. 


Nous achetons du ravitaillement puis partons en direction de la frontière. Comme la route semble pleine de virages autour de La Molina, nous optons pour une route blanche (sur la carte) un peu plus au sud qui rejoint celle du grand tunnel de Cadí. Le calcul n'était peut-être pas si bon que ça car la route viroune beaucoup, sans doute autant que celle du nord. Tant pis.
Nous franchissons la frontière entre Puigcerdà et Bourg-Madame, puis encore après l'enclave de Llívia. Mais là, nous ne nous rendons compte de rien. À un moment, les pancartes prennent des allures françaises, c'est tout. Nos estomacs sont toujours à l'heure espagnole, mais il est malgré tout largement temps de déjeuner ; nous faisons donc halte. La température s'est bien rafraîchie, le petit vent nous contraint à ressortir les blousons. Alors que nous dévorons nos tartines aux sardines, un auto-stoppeur passe au bord de la route juste en-dessous de nous. Mais ni le camion stationné quelques mètres plus bas ni nous ne sommes prêts à reprendre la route. J'interpelle le gars et je lui souhaite bon voyage. Il répond qu'il ne parle pas français. Nous finissons de manger et nous repartons. Un peu plus loin, qui apercevons-nous ? L'auto-stoppeur de tout à l'heure ! Nous nous garons sur le bas-côté. Le gars va en Andorre, nous, nous ne ferons qu'effleurer la frontière, mais bon, ça peut toujours l'avancer un peu. Nous l'embarquons. En anglais, il nous explique qu'il est allemand, en vacances avec ses parents près de Montpellier, que la famille avait prévu de passer la journée en Andorre mais que la voiture vient de tomber en panne. Alors ils ont renoncé à bouger, sauf notre passager qui a insisté auprès de son père pour aller en Andorre par ses propres moyens. Il a presque réussi. Nous le laissons juste avant le tunnel de Puymorens ; il n'aura plus qu'à prendre le col et il aura atteint sa destination. 
Nous, nous continuons vers le nord. Ax-les-Thermes, Tarascon-sur-Ariège, Foix, Pamiers... Nous rejoignons l'A61 au sud de Toulouse. La fin du trajet se déroule sans incident et nous arrivons à Brie juste à temps pour  dîner puis à St-Loup juste à temps pour dormir.