Dimanche 16 avril : arrivée à Barcelone

Nous nous réveillons assez tôt car une colonie de cyclistes espagnols parcourt les couloirs de l'hôtel dès potron-minet, vélo sur l'épaule et chaussures aux pieds, tout en sifflotant. Derrière les vitres, le ciel, nettoyé par l'orage d'hier soir, a retrouvé le bleu des derniers jours. 
Nous partons dans la montagne en direction du monastère de Montserrat, un lieu de pèlerinage très fréquenté. D'autant plus que nous sommes le jour de Pâques. Il n'est pas facile de se garer : les voitures sont laissées au bord de la route dans l'ordre d'arrivée. Les montagnes au-dessus du monastère forment un écrin de rochers superbement découpés. Des chapelles et autres ermitages en parsèment les sommets. Dans le sanctuaire lui-même, les bâtiments n'ont guère d'intérêt architectural, mais ils témoignent de la rechristianisation au XIXème siècle. Il y a vraiment beaucoup de monde pour assister à la messe de Pâques. L'église dégouline de dorures, tout comme la cire sur les nombreuses bougies. Nous arrivons au moment de la lecture de l'Evangile qui, en fait de lecture, est chanté. Le prêtre est encadré par des colonnes d'encens qui prennent à la gorge. A l'extérieur, la foule se presse pour approcher la Vierge noire vénérée ici en tant que patronne de la Catalogne. Le joli cloître gothique à l'entrée du sanctuaire est le dernier vestige du monastère bénédictin médiéval détruit par les troupes napoléoniennes en 1811.
Quand nous quittons Montserrat, nous croisons encore plus de voitures qu'en arrivant. Il faudrait maintenant se garer à plusieurs kilomètres. Nous nous félicitons d'être arrivés à temps : si nous avions connu de tels bouchons tout à l'heure, nous aurions fait demi-tour...
Nous laissons notre véhicule quelques kilomètres plus bas, à Monistrol de Montserrat : nous préférons nous rendre à Barcelone en train. Malheureusement, le temps de garer la voiture (sans difficulté, si ce n'est de négocier le virage en épingle à cheveu qui mène à la gare) et de prendre les billets, le train pour Barcelone nous démarre sous le nez !! Comme souvent, nous étions un peu juste sur les horaires : on ne peut pas gagner à tous les coups. Bref, nous devons maintenant attendre une heure avant le train suivant. J'en profite pour descendre dans le bourg acheter des sandwiches. Je voulais qu'Antoine m'ouvre une porte à commande intérieure pour que je puisse rentrer dans la gare dans repasser mon ticket (il y a des bornes d'accès comme dans les métros), mais notre manège a été repéré et un gars qui patientait là a alerté le contrôleur qui supervisait la réparation du distributeur de billet sur le quai. Zut. Pour accéder aux quais, je dois donc utiliser le billet prévu pour le retour. Nous mangeons nos sandwiches dans la gare et enfin, le train arrive. C'est parti pour Barcelone.
De la gare d'arrivée, nous prenons immédiatement le métro et débouchons à l'air libre sur la Rambla, la grande avenue touristique, l'hyper-centre de la ville. Notre logement est tout près de là, sur la Plaça Reial, un endroit parmi les plus dynamiques du centre (c'est dire !). Nous posons nos sacs avant de repartir pour le Parc Güell, un des sites aménagés par Antoní Gaudí. Pour visiter la Sagrada Familia, le chef-d'œuvre de l'architecte moderniste, il aurait fallu réserver ; nous verrons donc ça pour demain. Nous commençons par traverser le Barri Gòtic, le cœur ancien de Barcelone dessiné par les Romains. Comme dans tout centre médiéval, les ruelles y sont étroites et toutes en hauteur. Nous passons près de la cathédrale avant de grimper pour atteindre le parc, juché sur une colline à l'origine à l'extérieur de la ville. Nous jouons de malchance : les guichets ne vendent plus d'entrées pour aujourd'hui. Cela ne concerne que la partie du parc qui contient les œuvres les plus connues de Gaudí : les bancs ondulées, les galeries en-dessous, les pavillons en céramique et surtout la célèbre salamandre.
C'est dommage, mais nous pouvons malgré tout profiter du reste du parc, qui est assez vaste et qui a aussi été dessiné par Gaudí. Nous faisons donc le tour de la terrasse des bancs ondulés en céramique, admirer d'autres "grottes" et galeries couvertes, observer d'autres pavillons, disséminés un peu partout dans le parc.
Cela nous donne déjà un bel aperçu. Mais Antoine souffre des yeux depuis  quelques jours et ne peut plus supporter la poussière et la chaleur de la ville. Nous rentrons donc à la chambre où il va pouvoir ôter ses lentilles et reposer ses yeux à l'ombre. Je repars donc seule sur la "route du modernisme", un parcours touristique qui permet de passer en revue les sites principaux de ce courant architectural du début du XXème siècle. Gaudí n'est pas le seul architecte à avoir œuvré à Barcelone à cette époque : on peut citer aussi Lluís Domènech i Montaner, Puig i Catafalch ou encore Josep María Jujol. Ces artistes ont rivalisé de créativité pour répondre aux commandes de leurs clients, si bien que les maisons un peu bizarres abondent autour de la Rambla, puis dans l'Eixample, l'extension de la ville décidé au XIXème siècle : plus ou moins végétales, avec des inspirations tantôt mauresques, tantôt médiévales, ces bâtisses donnent à voir une féérie déroutante ! Je commence par le Palau Güell, la première grande création de Gaudí, un monument à la façade encore très rectiligne mais qui contient déjà en germe le style si particulier de l'architecte. Des façades non signalées par le Routard retiennent mon attention, comme une pharmacie ornée de mosaïque sur la Rambla.
Plus loin, je tombe sous le charme du Palau de la Música Catalana, de ses vitraux et de ses céramiques polychromes, une œuvre grandiose et fascinante de Domènech i Montaner.
Je m'arrête ensuite contempler les deux célèbres constructions de Gaudí que sont la Casa Battló et la Casa Milà avant de retourner à la chambre. J'y retrouve Antoine et nous redescendons dîner en ville. 
Tout en cherchant un restaurant, nous arpentons Barcelone by night : nous parcourons la Rambla, puis la marina desservie par un pont tournant piéton. Nous nous posons finalement en terrasse sur la Rambla pour déguster des tapas de fruits de mer arrosés de cerveza ou de sangría, en fonction des goûts. La sangría est délicieuse, mais sans doute en trop grande quantité. Nous terminons la soirée par des emplettes dans une boutique d'alimentation 24/24 (tenue par un Pakistanais, sans doute). 

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