Mercredi 12 avril : dans la Sierra de Guara

Nous prenons le petit déjeuner dans la salle de restaurant de l'hôtel. On nous sert une énorme tranche de pain grillé, du jambon, du jus d'orange et une boisson chaude. La première proposition étant le café con leche, nous supposons que c'est ce qui se boit au petit déj' ici. 

Nous commençons la journée par la "rutas de las pasarelas", une randonnée sympa qui descend dans les canyons au pied d'Alquézar. Le parcours, frais et ombragé, nous mène à une grotte ouverte dans le bas des falaises ocres du Río Vero. Nous nous faufilons dans les gorges, puis grimpons dans le maquis jusqu'à un mirador proche du village.
De là, nous avons une superbe vue sur le réseau de canyons qui cisaillent ce coin de la Sierra de Guara avant de replonger vers la rivière bleu turquoise, nacrée par le soleil, qui serpente entre les roseaux et les parois rocheuses. Un peu plus loin, les passerelles ont été endommagées ; le chemin s'arrête là et il faut remonter avec le flot de randonneurs, assez nombreux sur ce parcours décrit comme tout à fait accessible. Nous redescendons au bord du río un peu en aval, près d'une chute d'eau aménagée. A cet endroit, le lit de la rivière est plus large, les roselières plus vastes mais l'eau toujours aussi turquoise. 
De retour au village, nous nous dirigeons vers le haut rocher d'où la Colegiata Santa Maria la Mayor domine Alquézar. Il s'agit d'un ancien château fort arabe ("Al-Ksar", d'où le nom du village) transformé en monastère à la fin du XIème siècle. Nous y suivons une visite guidée en espagnol, mais assez compréhensible. Le joyau des lieux est le cloître roman à colonnettes doubles et à étage.
Le guide nous décrit les chapiteaux historiés et les peintures du XIVème siècle qui recouvrent les murs, bien conservées malgré leur grand âge. L'église attenante est, elle, tout à fait baroque. Le retable, extraordinairement surchargé, attire notre attention : il devait y avoir de quoi observer tout en écoutant d'une oreille distraite la messe en latin ! A l'étage, un musée a été aménagé dans les anciennes pièces de vie. On y conserve dans un environnement adapté les plus beaux tableaux du coin, notamment une Sainte Famille attribuée à un disciple de Murillo. Nous admirons la manière de rendre la transparence du linge qui recouvre l'enfant Jésus. Depuis l'étage, le panorama sur Alquézar et les canyons, sous ce ciel bleu limpide, est de toute beauté !

Nous achetons des sandwiches (énormes !) dans une boulangerie-restaurant, ainsi que des dobladillos, une pâtisserie locale un peu sèche mais bien bonne, et nous allons déguster notre repas assis sur un muret ombragé au bord du canyon, juste sous la Colegiata. Il est environ 14 h 30, heure tout à fait normale pour commencer son déjeuner en Espagne. A ce propos, les horaires d'ouverture du monastère sont clairs : 11h-14h le "matin" et 16h-19h l'"après-midi". En mode "vacances", nous nous adaptons sans problème aux habitudes espagnoles, en tout cas mieux qu'aux heures des repas écossais ! Le seul inconvénient, c'est que l'après-midi paraît un peu court quand il commence à 15h30... 
Après le déjeuner, nous partons en voiture à la recherche des sites de peintures rupestres, assez nombreux dans le secteur. Nous passons rapidement au centre d'interprétation de Colungo où sont affichés des plans des sites aménagés et des randonnées qui y mènent. La première démarre de Lecina, un village qu'on atteint par une route minuscule et sans bas-côté. Heureusement, pas de camion ni de camping-car en face. Nous quittons le village par un sentier entre des murets, puis avançons dans la garrigue et le maquis jusqu'à descendre à flanc de falaise au niveau des abris sous roche. Nous explorons deux sites ornés de peintures de style schématique (nous avons lu à Colungo qu'il existe plusieurs styles de peintures rupestres) : nous distinguons des personnages très stylisés et des quadrupèdes.

Dans les buissons sur le bord du chemin chantent des pouillots de Bonelli et des fauvettes. Nous réussissons à observer furtivement la Fauvette passerinette, même si elle n'est pas très coopérante.
En revenant vers Alquézar, nous faisons halte près d'un autre site préhistorique, peint selon le style levantin cette fois. Malheureusement, nous ne pourrons pas préciser la différence avec le style schématique car le soleil se couche et l'abri sous roche est protégé par des grilles fixées assez loin de la paroi. Même avec les jumelles, les peintures sont difficiles à repérer. Sur le chemin du retour, une très belle obs s'offre à nous : deux rapaces majestueux nous survolent. Après réflexion, Antoine conclue que ce sont des aigles de Bonelli !
De retour, nous garons la voiture un peu plus près du centre-ville et descendons par des escaliers jusqu'aux restaurants de "front de falaise" (pas de front de mer ici, mais le principe est le même). Nous dînons dans un établissement qui diffuse le match Bayern-Réal. Pas évident de se frayer un chemin dans le bar du rez-de-chaussée pour rejoindre le resto à l'étage. De là-haut, nous suivons l'évolution de la rencontre grâce aux cris des spectateurs tout en goûtant les saucisses d'Aragon, grillées comme il se doit.

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