Mardi 11 avril : arrivée à Alquézar (Aragon)

Le voyage commence par le franchissement des Pyrénées. Nous avons l'habitude d'y descendre randonner ou skier, mais ces vallées nous font toujours l'effet d'une sorte de bout du monde. Quant aux crêtes frontalières, on y grimpe, mais on en redescend du côté français la plupart du temps. Et ce qu'on voit de l'Espagne depuis ces sommets n'est pas tellement différent de ce qu'on connaît de la France. 
Nous entrons en Espagne par le tunnel de Bielsa. Comme avant-goût du pays, nous montons derrière un camion espagnol qui ne fait rien pour nous laisser doubler, et suivis (oh, pas longtemps) par des bolides espagnols qui n'ont pas du tout l'intention de se traîner à 30 km/h jusqu'au tunnel. De l'autre côté, l'arrivée en Espagne nous frappe d'étonnement, contre toute attente. Le paysage est immédiatement différent de celui du versant français : nous passons d'un vaste plateau glaciaire d'altitude à une vallée boisée encaissée. Puis l'environnement se fait de plus en plus méditerranéen, avec une alternance de falaises et de forêts de conifères : ce ne sont pas tout les Pyrénées que nous connaissons !
Nous filons vers le sud par de larges routes quasiment neuves (ils ont fait des progrès !). Deuxième surprise quand une bouffée d'odeurs méridionales nous sautent aux narines alors que nous faisons halte pour observer les rapaces, Milans royaux, Vautours fauves et Grands Corbeaux, qui cerclent au-dessus de nos têtes. Après Ainsa, nous empruntons une petite route qui viroune beaucoup, s'enfonce dans des gorges pour rejoindre le pont qui enjambe la rivière avant de serpenter le long du versant opposé puis de replonger à nouveau dans la montagne. Nous passons à côté d'un joli pont médiéval trop étroit pour la route et, deux carrefours plus loin, nous voilà à Alquézar. 

Nous garons la voiture dès le rond-point d'accès car le centre-ville est interdit aux véhicules sauf résidents permanents. Nous prenons juste le nécessaire pour la nuit avant de descendre à pied. Le village, entièrement dans les tons ocres, est présenté comme un des plus "bonitos" d'Espagne. Il est construit en bordure de plateau, à flanc de falaise juste au-dessus des gorges du Río Vero. Les rues pavées se faufilent entre les maisons qui les enserrent et les surplombent, des escaliers rejoignent des placettes à arcades où quelques gamins jouent au ballon. Des galeries relient les maisons par-dessus les ruelles ; une légende raconte qu'il serait même possible de se déplacer d'un bout à l'autre d'Alquézar sans poser le pied dans la rue. Les hôtels, les restaurants et les boutiques sont fermés par de lourdes portes en bois qui gardent l'ombre et la fraîcheur à l'intérieur. Pas évident de les distinguer des maisons particulières !  Sans l'adresse (merci Le Routard), nous n'aurions sans doute pas réussi à repérer l'unique épicerie du village.
Nous logeons à la Casa Jabonero, une pension plus qu'un hôtel, avec accueil dans le salon qui donne sur les parties privées où loge le grand-père de la famille. Un escalier carrelé descend de la réception, au rez-de-chaussée haut, à la salle du bar-restaurant, au niveau de la rue principale. Nous y dînons de viandes grillées (la spécialité de la région, si l'on en croit la carte) en regardant le match Juventus-Barça. Ici, le foot est plus qu'un sport, quasiment une religion. Beaucoup de client sont là pour le match. Quand nous arrivons (un peu tôt pour dîner selon les horaires espagnols), deux couples avec des enfants sont attablés autour de leurs bières. Peu après, les femmes et les enfants s'en vont et les hommes restent là à regarder et commenter le match. Dommage pour eux, quand nous sortons de la salle, le Barça est en train de perdre 3-0. 
Nous profitons de la soirée tiède pour errer à nouveau dans le village, tout aussi beau sous les lumières de la Colegiata Santa Maria la Mayor, le château devenu monastère qui domine les lieux. 

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